Description réalisé par Mr Alcide GAUGUIE en 1868 - Extrait de " La CHARENTE COMMUNALE "
Sur la route d’Angoulême à Périgueux, avant de prendre la route à droite qui mène à La Vallette, on traverse la commune de Dignac dont le chef-lieu s’échelonne sur le flanc d’une colline assez élevée qui domine la route, à neuf kilomètres de La Vallette et à seize d’Angoulême. Sur la route même est une faïencerie très importante qui expédie ses produits dans la Charente et la Dordogne. La terre argileuse dont on se sert se trouve en abondance à deux pas de la fabrique.
Au pied du coteau, en montant vers le bourg, on rencontre une jolie fontaine qui ne tarit point et arrose de bonnes prairies; puis, à mi-côte, l'église avec son clocher carré à trois rangs de fenêtres. Le portail roman est d’une ornementation très pauvre. L’abside et la coupole au-dessous du clocher n’ont rien de remarquable, non plus que les bas-côtés gothiques ; mais je recommande aux amateurs de peinture un tableau d’une naïveté de dessin vraiment singulière. Il représente saint Michel, tenant de la main gauche une chaîne à laquelle est suspendue une balance avec plateaux à cuvette, dans l’un desquels est assis un petit bonhomme à la figure réjouie. Le pied du saint écrase un démon dont la tête est étrange : de son front sortent deux cornes menaçantes, et sur ses joues s’étalent de superbes favoris; ses bras sont terminés par des mains de dimension fantastique. La main droite du saint brandit une épée dentelée ressemblant assez à une crémaillère; c’est d’un bouffon sans égal.
A mi-côte on rencontre le champ de foire, où se font des affaires importantes les 28 janvier, mars, mai, juin, juillet, août et octobre ; puis, tout à fait au sommet de la colline, une mare assez vaste où l’on mène abreuver le bétail. Des troupes nombreuses de canards et d’oies s’y jouent en tout temps. On aperçoit de ce point élevé une partie de la commune et la tour du Breuil, bâtie au XVe siècle. Elle est dans un parfait état de conservation. L’entrée principale était destinée à recevoir un pont-levis. Quelques maisons se groupent à l'entour. Il y a 19 habitants.
Un autre logis intéressant, c’est le Pouyaud (24h). « jolie tour carrée à deux étages, surmontée d’un mâchicoulis et recouverte d'une plate-forme. La porte d'entrée est. décorée de deux pilastres d’ordre ionique et d'un entablement dans le style de la renaissance; une tourelle en encorbellement, couverte en toit aigu, s’élève du premier étage et renferme un escalier à vis qui conduit au haut de la tour.

« Le fief du Pouyaud passa vers lu milieu du XVe siècle dans la famille Prévost de Touchimbert, par le mariage d’Aimar Prévost de Touchimbert avec Jeanne de Fougière. La tour fut bâtie en 1520 (1). »

La superficie de la commune est de 2,770 hectares, couverts en partie de chênes et de châtaigniers. Il y a cependant quelques vignes, et on y récolte du grain; mais la grande ressource du pays, ce sont les cercles et le charbon. Si la commune est aussi vaste, c’est qu'on y a réuni deux autres paroisses, Cloulas et Beaulieu, en 1845.

Avant Cloulas, qui tire son nom de l’industrie des habitants, presque tous cloutiers, on trouve le Maine-Lèonard, joli logis, composé d’un corps de bâtiments flanqué de deux pavillons avec une tourelle au centre. Cloulas et Beaulieu ont de petites églises romanes à campanile double sans importance.

A Cloulas, il existe une fontaine qui, suivant les idées du pays, a la propriété de guérir les enfants de la crasse, ce qui ne me semble pas une maladie, mais un résultat de la malpropreté. Les eaux de cette source ont, de plus, l’avantage d’engraisser les enfants qui, suivant l’expression pittoresque des gens du pays, ont le corps au travers duquel on voit.

Cette commune est assez peuplée, car elle contient 1,401 habitants et des villages très nombreux, parmi lesquels nous citerons le Bourg (220 h.), Beaulieu 142 h.), la Clef-d’Or (77 h.), Cloulas (55 h.), les Tourniers (49 h.), Peugis (81 h.), Lacour (50), Bellejoie (32 h.), la Chaume (146h) , les Combes (40 h.), la Côte (76h), la Brande (23 h.), Maine-Bouyer (24 h.), etc.